german englisch french

Nouvelles

La vie communautaire des animaux de la forêt à la loupe  (Juillet 02, 2021)

Le Congo est l’un des plus grands fleuves du monde. Le gigantesque courant prend son origine au milieu du continent et traverse l’équateur par deux fois avant de se jeter dans l’océan Atlantique sur la côte ouest. Pour les espèces qui ne peuvent pas nager, la rivière représente une barrière efficace à leur migration. Le bassin central des basses terres est densément boisé, inondé à certains endroits toute l’année et est drainé par un certain nombre de grandes rivières. En raison de cet isolement spatial, les animaux et les plantes forment une communauté qui présente des similitudes avec les populations insulaires. Le fonctionnement de cette communauté et la coexistence d’espèces concurrentes sont largement inconnus. Cependant, les recherches sur les bonobos dans la forêt de LuiKotale révèlent que les liens qui constituent ce réseau écologique peuvent être très ambivalents. Les bonobos utilisent des ressources alimentaires également exploitées par les potamochères, les singes arboricoles, les calaos et les éléphants. Par ailleurs, ils chassent antilopes, singes, rongeurs et oiseaux. L’Homme cible les mêmes espèces et est aussi le prédateur le plus dangereux du bonobo. S’y ajoutent d’autres ennemis naturels comme le chat doré, le léopard, les serpents géants et certaines espèces de rapaces. Les relations multidimensionnelles prédateur-proie et les conditions de concurrence multilatérales révèlent un caractère « global» des relations inter-espèces: tout est connecté à tout d’une certaine façon. Si l’on veut comprendre le comportement et le mode de vie des bonobos, il faut plus d’informations de la part des espèces dont les besoins sont étroitement liés à ceux des bonobos. Depuis longtemps, de telles études figurent sur la liste des choses à faire du projet LuiKotale Bonobo, mais, pour diverses raisons, elles ont jusqu’alors dû être reportées. Cette situation est sur le point de changer: à l’automne 2021, une équipe de chercheurs lancera une étude qui analysera la répartition et la diversité des espèces animales en compétition pour les ressources avec les bonobos. Pour tenir compte de l’incidence de la chasse humaine, les données proviendront de zones forestières dont le statut de protection diffère. Ce projet est financé par le zoo de Berlin. Depuis longtemps, le Jardin zoologique de Berlin soutient le travail de Bonobo Alive et le personnel du zoo est venu au Congo pour se faire une idée directe du travail sur le terrain. Des fonds supplémentaires proviennent de l’Institut Max Planck pour le comportement des animaux de Constance et du Centre de Recherche et de Conservation d’Anvers, en Belgique. Ce projet sur trois ans promet de lever le voile sur la complexité du réseau écologique d’une communauté qui n’a survécu sous cette forme que dans le bassin central du Congo. L’occupation humaine du Bassin du Congo a également une longue histoire et les formes traditionnelles d’utilisation de cet habitat dominent encore aujourd’hui. En outre, grâce aux informations recueillies dans le cadre de ce projet, il est possible de mieux comprendre comment humains et bonobos peuvent coexister.


En raison du relief du Bassin du Congo, le paysage fluvial ressemble souvent à une plaine avec plusieurs lacs et îles.
Copyright: Christian Ziegler

Les bonobos chassent un léopard: rare aperçu d’une interaction proie-prédateur inconnue
(Mai 31, 2021)

Toute personne se promenant dans la forêt de LuiKotale est susceptible de rencontrer des potamochères, des céphalophes et des singes. Ces espèces ci jouent un rôle important dans les relations complexes entre celles qui peuplent la forêt. Comme les bonobos, elles dispersent les graines et, ce faisant, assurent le maintien d’une communauté végétale diversifiée. Etant frugivores, ces espèces sont également en concurrence avec les bonobos pour les ressources alimentaires, ces interactions pouvant réguler la densité de population de ces derniers. En retour, les bonobos contrôlent la dynamique de population en chassant les antilopes et les singes. De cette façon, les bonobos se retrouvent au sommet de la chaîne alimentaire. Mis à part les chasseurs humains, le léopard est la seule espèce susceptible de mettre en péril un bonobo adulte. Ce félin occupe l’ensemble du bassin du Congo et, à certains endroits, a la réputation de constituer une sérieuse menace pour les grands singes. Cependant, la prédation par le léopard sur les bonobos est une hypothèse non vérifiée. Des analyses fécales ont révélé que le bonobo fait partie du répertoire alimentaire du léopard, reste à déterminer s’il en est chasseur ou charognard. Au quotidien, les chercheurs qui étudient les bonobos peuvent rencontrer des léopards et il arrive que les pièges-photographiques, placés dans la forêt pour surveiller les espèces nocturnes, capturent des images du prédateur. Afin d’examiner de plus près la relation proie-prédateur présumée, il est nécessaire d’en savoir plus sur le comportement de chasse des léopards. Or, les bonobos qui passent leur journée en compagnie d’observateurs humains sont bien protégés des attaques. C’est pourquoi les observations recueillies par une équipe de chercheurs à LuiKotale constituent un témoignage extrêmement précieux sur l’histoire naturelle des bonobos (voir https://doi.org/10.1007/s10329-021-00897-8 pour un rapport et un clip vidéo). Comme d’habitude, la journée de travail commence à l’aube sous les nids. Plus tard, les bonobos descendent au sol, partent à la recherche de nourriture et se livrent à des séances d’épouillage mutuel. Soudain, des cris d’alarme retentissent au loin, suscitant l’enthousiasme des bonobos et des chercheurs. Après un court sprint, ils parviennent à l’endroit d’où les signaux d’alarme sont émis. Les bonobos regardent vers la canopée d’un grand arbre; ce qui déclenche l’alarme doit être camouflé parmi feuilles, brindilles et branches. La tension monte lorsqu’un mâle adulte et quelques autres individus grimpent à l’arbre, secouent les branches et émettent des cris menaçants. Lorsque le mâle s’approche de l’endroit suspect, un léopard apparaît et s’approche des bonobos, en grognant et en rugissant. Contrairement aux chercheurs, les bonobos semblent bien préparés car leur retraite est modeste. Dès que le léopard se retire dans la canopée, les bonobos s’approchent à nouveau déclenchant de nouvelles charges fictives. Enfin, les bonobos descendent de l’arbre et le léopard s’échappe de son arbre et disparait. Alors que les bonobos retournent à leur routine, l’enthousiasme suscité par l’événement reste vivace et alimentera les discussions entre chercheurs pendant longtemps. Ces observations ne laissent aucun doute sur le fait que les bonobos de LuiKotale considèrent les léopards comme une menace potentielle. Le harcèlement des prédateurs est un élément caractéristique de nombreuses relations proie-prédateur. D’une part, les espèces prédatrices sont étiquetées comme étant une menace. D’autre part, ce comportement diminue le succès de la chasse, ce qui incite le prédateur à abandonner la zone. La rencontre décrite ci-dessus est la première observée en 20 ans. Si l’on veut en savoir plus sur la relation entre bonobos et léopards, de telles rencontres aléatoires ne suffisent pas. La collecte systématique des excréments de léopard peut renseigner sur le spectre de ses proies. Le marquage des léopards au moyen d’émetteurs électroniques permettrait de suivre leurs déplacements et de les comparer aux mouvements des bonobos et à ceux d’autres espèces de proies potentielles.


Photo: Nicolas Corredor Ospina/LKBP

Tracer l’empreinte humaine (Mai 6, 2021)

Au premier abord, la forêt tropicale semble étrange. La canopée refermée et la dense végétation au sol donnent l’impression d’une nature intacte. Un regard plus attentif révèle cependant les traces des usagers de ce paysage. Les imposantes termitières concourent avec les arbres et les herbes pour l’espace. Les porcs-épics, les civettes et les antilopes de forêt ont créé un réseau de chemins étroits et les éléphants de forêt maintiennent des galeries dégagées de végétation au sol. Bien que ces traces témoignent d’une compétition pour l’espace, la relation entre les plantes et les animaux est largement mutualiste. D’une part, les plantes servent de nourriture ou de matériel de nidification et la végétation est piétinée partout où elle entrave le passage des animaux. D’autre part, les animaux rendent service aux plantes en dispersant leurs graines et, chez de nombreuses espèces, la capacité germinative dépend essentiellement du passage au travers du tractus intestinal de celui qui consomme la graine. Le résultat de cette relation réciproque est un système d’une grande diversité biologique où l’on donne autant qui l’on reçoit. Là où les gens s’installent, les conditions sont radicalement différentes. A l’emplacement des villages, la forêt a disparu et le sol est érodé (Figure 1). Ces clairières sont entourées de champs où l’on cultive manioc, plantain et maïs. La terre est défrichée à la hache et par le feu. Les sols sur lequels poussent les monocultures deviennent rapidement stériles et les agriculteurs doivent dès lors ouvrir de nouveaux espaces. La forêt peut recoloniser la jachère, mais avant l’émergence d’une flore diversifiée/riche en espèces, le sol est à nouveau défriché. Tant que le nombre de villageois reste faible, le système se maintient un équilibre, mais cet équilibre est fragile. Si la demande en terres agraires augmente en raison de l’accroissement démographique ou de l’essor des échanges de certains produits agricoles, l’agriculture se développe et le couvert forestier diminue. La meilleure façon de visualiser la conversion de la forêt en terres agricoles est par l’étude de vues aériennes. Valeska Soliday (Figure 2) examine ce processus de près. Le géographe appliqué n’a pas besoin d’un avion ou d’un parapente. Les images satellitaires à haute résolution permettent de quantifier les changements temporels et spatiaux du couvert forestier (Figure 3). Cette surveillance est particulièrement importante dans les environs du Parc National de la Salonga, la plus grande forêt tropicale protégée du continent africain. Aujourd’hui, le parc reste enchâssé dans une mer verte de forêt, de rivières et de marécages, et les quelques villages sont éparpillés à travers le méga-paysage comme des égratignures sur la peau d’un éléphant. Si le statu quo est maintenu, un site du patrimoine mondial demeure intact et le parc et sa zone tampon ont un avenir. Les projets de conservation créent des emplois et attirent non seulement des experts, mais aussi des populations locales venant de régions plus éloignées. La main-d’œuvre rémunérée est difficile à trouver dans les zones rurales et les perspectives d’emploi attirent les demandeurs d’emploi ainsi que les hommes d’affaires. Si l’on peut deviner les effets de l’afflux de main-d’œuvre et des changements concomitants des conditions économiques, il est difficile d’obtenir des informations précises sur leurs effets réels. C’est pourquoi Valeska s’intéresse particulièrement au statut forestier du parc national de la Salonga et de ses environs. Grâce à des outils sophistiqués de télédétection, Valeska peut identifier les sources des changements anthropiques de la végétation et estimer cette transformation de façon quantitative. Les données recueillies lors de la présence de Bonobo Alive et du LuiKotale Bonobo project sert de modèle pour les calculs futurs. Depuis 20 ans, les écologistes et les chercheurs achètent des vivres dans les villages voisins, ce qui stimule la demande de produits agricoles. Ces chiffres permettront à Valeska d’analyser comment l’agriculture s’est développée par le passé et comment la présence de l’équipe du projet ainsi que l’évolution démographique des populations villageoises ont affecté l’environnement. Cette étude de cas constitue une référence importante pour les spécialistes de la conservation des bonobos de LuiKotale et également modèle pour les études à grande échelle qui s’appliquent à l’ensemble de la zone tampon du Parc National. Rendre visible les activités humaines est l’une des conditions préalables les plus importantes pour la protection à long terme d’un habitat qui a cessé d’exister ailleurs depuis longtemps.

Figure 1: Vue aérienne de l’un des villages que l’on peut également voir dans la partie supérieure de la figure 3 (WorldView-2/5.3.2011).

Figure 2 (courtoisie B. Fruth/LKBP)

Figure 3: Image satellite montrant le site d’étude autour du camp de recherche LuiKotale (triangle rouge dans la partie inférieure) et une mosaïque savane-forêt au milieu (les taches roses foncées représentent la savane des prairies). La partie supérieure montre les terres agricoles (marquées en vert vif) entourant les villages forestiers (source: landsat-8 OLI / 21.7.2018).

La protection des bonobos à la loupe (Mars 31, 2021)

Le bassin central du Congo est l’un des rares endroits encore inexplorés sur terre, le dernier endroit du continent africain où les forêts paraissent sans limites. La forêt d’Ekongo est une infime partie de ce paysage monumental. De petites rivières délimitent le terrain que les habitants du village de Bekombo considèrent comme leur légitime héritage. Bien qu’elle soit située à proximité de la zone d’étude de LuiKotale, les chercheurs et les écologistes n’avaient jusqu’alors pas accès à la forêt d’Ekongo, qui est la propriété du village Bekombo. Auparavant, les villageois se méfiaient de ceux qui prétendaient protéger la forêt et sa faune et doutaient qu’il ne s’agissait de rien de plus qu’une simple curiosité qui poussait les étrangers à venir observer les animaux sauvages. Après des années de rudes négociations, les anciens du village ont finalement accédé aux demandes et ont alloué une petite parcelle de savane pour l’établissement du campement (voir Nouvelles de juin 2015). En 2016, le camp d’Ekongo fut créé et la première équipe qui enfin partir à la recherche des bonobos dans le but de les habituer à sa présence. Le projet d’habituation est financé par la Fondation du Zoo d’Ouwehands et par Bonobo Alive. Aujourd’hui, Iris et Daniel (figure 1) se chargent de cette difficile tâche souvent frustrante. Contrairement à il y encore quelques années, les bonobos d’Ekongo ne considèrent aujourd‘hui plus l’équipe d’habituation comme une menace, du moins quand ils sont dans les arbres. Pourtant, lorsqu’ils descendent au sol, ils maintiennent une grande distance de sécurité avec les assistants de recherche, ce qui rend les observations difficiles et augmente le risque de perdre leur trace. Alors que les assistants de recherche progressent tant bien que mal à la suite des bonobos, ils peuvent d’une minute à l’autre se retrouver seuls, dans ce qui ressemble alors à une forêt vide. Lorsque Daniel et Iris se retrouvent dans cette situation, ils tendent l’oreille et se concentrent sur chaque son en espérant percevoir un indice qui les aidera à rattraper le groupe. S’ils n’entendent rien, une nouvelle recherche de l’aiguille dans la meule de foin commence. Parfois l’attente s’avère payante et, c’est grâce à la patience d’Iris, de Daniel et de leurs prédécesseurs que le nombre d’heures de contact avec les bonobos augmente. Les grands singes ont de bonnes raisons d’éviter l’homme. Jusqu’en 2016, les villageois utilisaient la forêt pour la chasse et le piégeage, ciblant principalement des espèces de grands mammifères, y compris les bonobos. Grâce à l’accord entre Bonobo Alive et le village, la chasse a été interdite dans une partie de cette forêt communautaire. Plus tard, deux autres villages alentours ont également décidé d’autoriser l’accès à certaines parties de leur propre forêt et ont accepté d’abandonner la chasse dans ces zones. Afin d’évaluer l’effet de la réduction de la pression de chasse sur le statut du bonobo et des autres espèces sauvages, un projet de biosurveillance, généreusement financé par la Fondation du Zoo de Berlin, sera mis en place dans les forêts autour de la zone d’étude du LuiKotale Bonobo Project. Combien de temps faut-il pour repeupler des zones autrefois fortement impactées par la chasse et comment cela affecte-t-il le statut des espèces en compétition pour les mêmes ressources ? Pour Bonobo Alive, les réponses à ces questions serviront de point de repère pour évaluer l’efficacité de sa stratégie de conservation.

Chasse aux chasseurs silencieux (Mars 02, 2021)

La bonne nouvelle d’abord: depuis l’été 2020, quatre villages situés dans la zone tampon du Parc National de la Salonga ont accepté de céder une partie de leur forêt à des fins de conservation. L’essence de cet accord demande que les villageois abandonnent la chasse aux bonobos et autres espèces menacées et que les villages ne soutiennent plus l’activité de chasseurs professionnels de viande de brousse. Au lieu de cela, les villageois participeront activement à la bio-surveillance et à d’autres activités de conservation. Grace à cette initiative de Bonobo Alive, environ 500 km2 d’habitat forestier – abritant une population estimée à 200 bonobos – bénéficient d’un statut de protection renforcée. La violation de cet accord peut être facilement détectable: les tirs d’armes à feu s’entendent loin dans la forêt et permettent de localiser le lieu de l’intrusion. De plus, étant empêchés de chasser activement, les villageois sont désormais très attentifs aux activités de leurs voisins, ce qui crée un système de contrôle qui n’existait pas auparavant. En regardant en arrière, on se rend compte que la confiance entre les villageois et les activistes de Bonobo Alive, s’accroit avec la durée de l’accord, ce qui rend l’exécution des efforts de conservation plus fiable et plus acceptée par les populations. Maintenant la mauvaise nouvelle: l’interdiction de la chasse avec des armes a conduit à une augmentation du piégeage, une technique de chasse silencieuse plus difficile à exécuter mais aussi à détecter. Pour en faire une entreprise fructueuse, des milliers de pièges doivent être déployés et les trappeurs ciblent les endroits où les antilopes, les sangliers et d’autres espèces sauvages sont très actifs. De cette façon, ils créent des lignes de milliers de pièges pour attendre l’arrivée de leur appât. Un collet ne tue pas un bonobo adulte, mais il cause des blessures graves et de nombreuses victimes s’en retrouve handicapées pour le reste de leur vie (voir le Bulletin Bonobos exposés aux tirs, d’avril 2018). Comme le montre le clip vidéo ci-joint, les bonobos manifestent de l’empathie pour un compagnon blessé, mais l’on n’a jamais observé de tentative de retrait du collet. La seule façon de faire face à la popularité croissante de la chasse silencieuse est de faire preuve de vigilance et d’organiser fréquemment des patrouilles pour localiser et retirer les pièges. Aujourd’hui, la recherche de pièges est devenue une activité régulière, ce qui révèle un nouveau dilemme de taille: comme la participation à une équipe de recherche génère des revenus, la pose de pièges devient également une activité lucrative au-delà du succès de la chasse. Une stratégie pour résoudre ce conflit d’intérêts est le déploiement permanent de patrouilles qui seulement feront échouer le business du chasseur silencieux.

Le vidéo clip: Le vidéo clip montre l’homme Kebo léchant soigneusement les blessures au filet sur la main droite du jeune homme Tembo.

Membre d’une patrouille enlevé le collet d’un piège

Lambert Booto: Agent de protection de la nature (Février 08, 2021)

Le bassin du Congo est l’un des derniers bastions d’une nature encore intacte, où flore et faune se sont adaptées à cet écosystème de forêt tropicale humide du continent Africain. 

La destruction de l’habitat naturel et la chasse sont les principales menaces pour la communauté d’espèces du bassin du Congo. L’un des moyens de faire face à ces dangers est de forger des alliances avec les personnes dont le bien-être dépend du maintien de la flore et de la faune/d’un écosystème sain et fonctionnel. Les populations qui vivent dans les forêts de la Cuvette Centrale dépendent des ressources naturelles et ont donc un intérêt particulier à leur pérennité. En ce sens, les intérêts de ces populations coïncident avec ceux de Bonobo Alive. Cependant, les objectifs de Bonobo Alive sont parfois en conflit avec les opinions des personnes qui utilisent la forêt pour subvenir à leurs besoins. Pour concilier ces intérêts divergents, il faut des personnes qui évoluent culturellement et linguistiquement dans les deux mondes, local et occidental, tout en ayant une vision ouverte sur les conséquences de l’exploitation humaine des ressources naturelles.

On ne trouve guère de personnes possédant une telle expertise dans les offres d’emploi classiques. Bonobo Alive a donc dû s’en remettre aux jeux du hasard pour faire cette rencontre. Et nous avons été très chanceux. Papa Lambert est un pédagogue diplômé et a travaillé pendant quelques années comme enseignant. La rencontre avec lui à LuiKotale a été le classique «coup de foudre», et Lambert a vite compris les objectifs du travail de Bonobo Alive, c’est-à-dire l’importance de la protection de la nature et, en particulier, des bonobos. Alors que Bonobo Alive parcourrait les écoles secondaires de la région avec un programme d’éducation environnementale (Fig. 1), Lambert s’est engagé en première ligne comme enseignant et interprète de films-documentaires sur la conservation de la nature. Également diplomate chevronné dans les négociations avec les diverses autorités locales et logisticien responsable, Lambert a pris soin des intérêts du projet. En parallèle, Lambert passe la majeure partie de son temps avec les bonobos sauvages, recueillant des données scientifiques. Il conseille aussi les experts en éco-tourisme et représente le projet auprès des mandataires du gouvernement provincial. Plus que quiconque, Lambert défend les intérêts des bonobos auprès des villageois pour qui la chasse de la faune sauvage n’est pas seulement une garantie de survie primaire, mais aussi une source de revenu. De plus, les chasseurs qui réussissent sont très respectés et parfois craints dans les villages. Ils bénéficient donc d’un statut social très élevé. Lambert s’en prend particulièrement à eux. Avec une voix forte et un langage visuel vivant, il explique que le travail de Bonobo Alive vise à maintenir un habitat inaltéré dans lequel les animaux et les humains ont chacun leur place, ensemble et à long terme.

Peu importe avec quel élan Lambert s’effort cède convaincre, les chasseurs continuent à sévir dans les zones forestières dont les droits d’utilisation ont été cédés par le village au projet soutenu par Bonobo Alive. Des interventions rapides sont alors nécessaires pour rétablir la sécurité des bonobos dans l’espace forestier où opère le projet scientifique. Pour autant, il y a des raisons d’espérer: des hommes des villages voisins, entrainés par Lambert, ont pris le rôle de médiateur et se sont mobilisés pour la protection des bonobos. L’avenir des bonobos dans la zone tampon du Parc National de la Salonga n’est pas encore assuré, mais tous ces efforts représentent une étape importante afin que l’idée de la conservation de la nature devienne la priorité des ceux qui partagent leurs terres avec les bonobos.

Lambert Booto lors d’une présentation scolaire Lambert (à gauche) et Tommaso Manzoni (administrateur du camp à LuiKotale) déploient des pièges lors d’une patrouille anti-braconnage

Dix ans de protection des espèces : un bilan préliminaire (Janvier 13, 2021)

Depuis dix ans, Bonobo Alive se consacre à la protection des bonobos sauvages et de leur habitat naturel. La question du succès de ces efforts est posée non seulement par les personnes actives sur le terrain, mais aussi par ceux qui soutiennent Bonobo Alive par leurs dons, rendant ses travaux possibles. Cette réponse est loin d’être simple, car les indicateurs de réussite sont variés et plusieurs d’entre eux sont limités dans le temps, ce qui représente une contrainte importante dans le cas d’espèces avec des espérances de vie longues. Une méthode courante d’estimer l’efficacité des mesures de conservation est l’étude du statut d’une population à l’échelle régionale. La validité d'une telle étude dépend du nombre de groupes concernés, de la période couverte par les données et des informations sur la structure d'âge de ces groupes. Cette dernière nécessite des observations précises et un suivi sur le long terme, deux approches qui sont généralement restreintes à un petit nombre de groupes. Dans la forêt de LuiKotale, le lieu où Bonobo Alive est actif, deux communautés sont actuellement impliquées dans des recherches à long terme et deux autres sont en phase d'habituation. Pourtant, en se basant sur l’observation constante de ces deux groupes, une image prometteuse se dessine : la taille des groupes a augmenté depuis les premières observations, et ce, notamment grâce à des taux de natalité élevés, une mortalité faible et un afflux constant de jeunes femelles provenant d'autres communautés. Vis-à-vis de la démographie, on observe certaines lignées de femelles constituées de trois générations, c'est-à-dire que les mères, les filles et les petits-enfants utilisent le même domaine vital. Cela est peu fréquent car en temps normal les jeunes femelles émigrent vers une autre communauté avant de donner naissance pour la première fois, mais certaines d'entre elles semblent apparemment éviter ce risque et décident de rester dans leur communauté natale. Il est surprenant de constater que les relations sociales mère-fille adulte ne se révèlent pas notoirement amicales ou solidaires. En outre, tant que les grands-mères ont leurs propres bébés, les petits-enfants de ces dernières ne bénéficient pas de leur présence dans le groupe. Une conclusion que l'on peut tirer de l'augmentation de la taille des communautés est qu'au début de ces études de terrain, la taille des communautés était inférieure à la capacité de charge de l'habitat. On peut également spéculer que l'augmentation de la taille de ces communautés, est le résultat d'une meilleure protection contre le braconnage. Ainsi, les efforts de conservation de ces dix dernières années n'ont pas été vains et ont fait de la forêt de LuiKotale une véritable zone-refuge où les bonobos évoluent ou toute sérénité.

Ceux qui protègent les bonobos (Novembre 27,  2020)

Il est trois heures du matin – l’heure de se lever pour l’équipe d’assistants de recherche de la station de terrain de LuiKotale. Trop tôt pour un petit déjeuner ; juste une tasse de thé ou de café avant qu’ils ne pénètrent l’obscurité de la forêt. Les lampes frontales éclairent le chemin, un chemin étroit interrompu par des troncs d’arbres morts et des lianes enchevêtrées. Après une heure de marche rapide, les assistants de recherche atteignent leur destination. Ce qui pourrait passer pour un emplacement au hasard dans la forêt dégage une forte odeur, un mélange d’étable et de latrines, le lieu de nidification d’un groupe de bonobos. Les grands singes se reposent encore dans la canopée. Les lampes frontales sont éteintes, les masques chirurgicaux sont mis (une protection qui prévient la transmission de maladies de l’homme aux bonobos) et chaque observateur organise son équipement. S’ensuit, un bref moment de quiétude et de calme. Une longue journée se prépare, dix kilomètres ou plus au travers d’une végétation dense, de marécages, de ruisseaux, et peut être une visite jusqu’aux abords boueux de la rivière Lokoro.

Il faudra au moins douze heures avant que les bonobos ne grimpent à nouveau dans les arbres, craquent des branches et choisissent des rameaux bien feuillus pour construire un nid solide qui durera toute une nuit et résistera aux intempéries. L’équipe accompagne le groupe tout au long de la journée, se repose quand les bonobos se reposent et court quand ces derniers se pressent. Chaque observateur suit un bonobo en particulier et recueille des données pour la base de données au long-terme du projet. En plus d’accomplir des tâches scientifiques, l’escorte offre une protection à une espèce ciblée par les braconniers. Les hommes impliqués dans le trafic de viande de brousse peuvent facilement faire face à l’inconfort d’un camp forestier miteux, à l’approvisionnement alimentaire limité et à la charge incessante des abeilles et autres insectes, mais en revanche ils évitent tout contact avec les chercheurs et les acteurs de la conservation. Bonobo Alive collecte des fonds et organise des initiatives visant à protéger les bonobos. 

Pourtant, le pouvoir d’agir est entre les mains de personnes qui renoncent à leur famille et à leurs amis, à Internet et à d’autres luxes de la civilisation occidentale. Ceux qui convertissent l’argent et les idées en actions sont jeunes, en majorité des femmes, et déterminés à stopper les dégâts faits à la nature. Les volontaires qui se joignent au projet s’engage en général pour neuf mois ou plus. Sécuriser les refuges forestiers, faire du lobbying pour la conservation et la mise en application des lois, sont des outils importants pour prévenir le pillage des ressources naturelles. Cependant, le succès des initiatives de conservation dépend de la présence permanente de personnes qui sont prêtes à consacrer leur temps et efforts pour rester avec ceux dont la vie est en péril. 

Giulia, Luz, Francesca, Cristian et Maisie font partie de ceux qui s’engagent pour donner un avenir aux bonobos et à leur habitat naturel.

Une meilleure protection améliore-t-elle les immigrations des femelles chez les bonobos?  (Octobre 18, 2020)

Les bonobos vivent dans des communautés sociales stables dans lesquelles les femelles adultes sont majoritaires. À quelques exceptions près, les femelles proviennent toujours d'autres groupes qu'elles ne quittent pas avant la puberté. Comment et quand exactement les changements de communautés se produisent et qu’est-ce qui décide du choix du groupe qu'une femelle rejoint, tout cela est encore largement inconnu. Les chercheurs constatent seulement qu’à un moment donné, des visages étrangers apparaissent et errent dans la forêt avec le groupe de résidents pendant des jours, des semaines ou des mois. Dans le groupe, la période de méfiance est généralement de courte durée et des relations amicales se développent rapidement, dissipant les réticences initiales entre les locaux et les visiteuses. Pour les immigrées, la connexion au groupe passe principalement par les juvéniles et leurs mères. Pour les immatures, l'immigration signifie l'arrivée de compagnons de jeu et les mères, quant à elles, bénéficient de services tels que le toilettage et l'encadrement des plus jeunes. En raison de l'intégration harmonieuse et de l'attraction mutuelle, il reste longtemps incertain si une jeune femelle bonobo est toujours visiteuse ou déjà membre du groupe. Certaines visiteuses disparaissent après des mois et ne réapparaissent jamais. Cependant, le début de la grossesse est un indice certain de l’appartenance permanente d’une immigrée à sa nouvelle communauté.

La présence de visiteuses temporaires a été notée dès le début des travaux sur le terrain à LuiKotale Ce qui a changé ces dernières années, c'est le nombre d'immigrées qui s'installent de façon permanente. Il y a actuellement cinq candidats qui tentent de gagner la faveur de leurs hôtes. Cette tendance ainsi que le taux de natalité élevé ont conduit à une augmentation de la taille de la communauté occidentale des bonobos habituée depuis 2007. Il est tentant d'attribuer cette tendance à une meilleure protection de la forêt et de ses habitants. Dans ce cas, on s'attendrait à ce que d'autres communautés connaissent une tendance similaire. Les observations du groupe voisin, celui de l’Est, également suivi quotidiennement, ne confirment pas cette hypothèse. Les données sur la distribution de bonobos à l'intérieur et à l'extérieur du Parc National de la Salonga, l'un des derniers refuges de l'espèce Pan paniscus, sont en fait plus importantes que l'augmentation de la taille d'un seul groupe.

Les bonobos peuvent-ils encore être trouvés à de plus grandes distances du site protégé ? Comment l'utilisation des forêts par les humains affecte-t-elle la vie et les densités de populations des Bonobos ? Y a-t-il un lien entre la présence de bonobos et la densité d'espèces de singes diurnes avec lesquels ils sont en compétition pour les mêmes ressources alimentaires ? Pour explorer ces questions et d’autres questions connexes, une enquête débutera en novembre 2020 et couvrira la forêt du projet de recherche de LuiKotale et ses zones adjacentes. De cette enquête, nous attendons des informations plus précises sur l'état actuel des bonobos dans cette région.

L’adolescente Bella (à gauche) épouille Ngola. Bella est apparue en 2018 et son statut est encore indéterminé. Ngola est dans les environs depuis 2014 et a changé communautés à plusieurs reprises. Depuis Mai 2020, elle est enceinte et on pense qu’elle va rester avec la communauté de l’ouest. photo © LKPB/B. Fruth La femelle adolescente Yambii a rejoint la communauté de l'ouest en juin 2012, y est restée pour trois mois et est partie après. photo © LKPB/M. Kölbl

Dilemme des grands singes: Covid ou chasseurs? (Septembre 30,2020)

La forêt tropicale d’Afrique centrale est peu peuplée, les moyens de transport ne circulent que sur quelques pistes aménagées et les voyages à travers la terre sont principalement effectues en pedes ou en vélo. Les conditions de propagation des virus sont donc assez défavorables. En ces temps d’infections a grande échelle, l’isolement pourrait exceptionnellement s’avérer bénéfique pour les personnes qui y vivent. L’hypothèse selon laquelle des infections virales telles que COVID 19 proviennent des forêts tropicales n’est pas infondée, mais il n’y a pas de preuve concrète. L’idée que le dernier foret tropicales intactes constituent un danger aigu pour la sante de la population mondiale pourrait être utilise comme justification pour faire disparaitre les refuges restant d’une faune et d’une flore originales.

Alors que les medias alimentent les craintes d’attaques virales en provenance des climats tropicaux, les chercheurs et les défenseurs de la nature s’inquiètent de ce que des humaines infectes pourraient contaminer la faune sauvage avec le virus, les espèces étroitement liées à l’homme étant particulièrement menacées. Afin de minimiser le risque d’infection il est proposé de suspendre la recherche sur les grands singes sauvages et de limiter au maximum les activités de conservation. A premier vue, les arguments semblent plausibles. Compte tenu de la sensibilité des grands singes aux agents pathogènes humains, la suspension signifie une perte de revenus, une lacune qui pourrait être compensée en continuant à payer les salaires. Toutefois, en y regardant de plus près, on peut douter de l’efficacité de la politique d’isolement.

Afin de tester les effets des différentes mesures de protection, de nombreuses études à long-term ont été réalisées au cours des dix dernières années. Le résultat de ce travail est unanime : les grands singes sauvages sont bien protèges partout où les chercheurs et les écologistes sont actifs sur le terrain. La ou les espèces menacées sont laisses à elles-mêmes, la chasse et les piégeages augmentent à pas de géant. Au printemps 2020, lorsque la nouvelle de la pandémie a provoqué des troubles même dans les régions reculées du bassin du Congo, les rapports faisant état d’un afflux de chasseurs se sont multiplies dans la forêt de LuiKotale. En juin, les travailleurs du projet on trouve les restes de plusieurs éléphants de foret. En coopération avec l’autorité national de conservation de la nature ICCN, les défenseurs des bonobos ont mobilisé une patrouille et ont rapidement trouve ce qu’ils cherchaient. Plusieurs groupes de chasse se sont installés à proximité immédiate du foret protégée ont mis en place des pièges sur une grande surface et ont conservé les animaux captures – dont plusieurs bonobo – pour le transport. L’intervention rapide de l’agence de protection de la nature a permis d’arrêter l’invasion des chasseurs. Bonobo Alive s’efforcera encore plus que par le passe de développer le système d’alerte précoce détecte par les troupes de chasse et d’intensifier la collaboration avec les villages voisins. Pour lutter efficacement contre le risque latent d’ »importation » d’agents viraux, les règles d’hygiène appliquées depuis plus de 10 ans, les port d’une masques et une distance minimale de 7 mètre entre l’homme et le bonobo, ont fait leurs preuves. Néanmoins, en raison de la pandémie, des mesures supplémentaires ont été introduites, telles que des règles de quarantaine et des restrictions d’accès au camp de recherche.

Du point de vue de Bonobo Alive, le maintien de la présence permanente a LuiKotale par une équipe de chercheurs, d’assistants et de bénévoles, est la protection la plus importante pour les bonobos et donc pour toutes les autres espèces emblématiques avec lesquelles ils partagent leur habitat.

Recensement de la Population dans le Parc National de la Salonga (Mai 5, 2020)

Combien de bonobos reste-il à l'état sauvage? Cette question revient encore et toujours, et ce n'est pas seulement par curiosité : le plus souvent elle reflète l'intérêt sincère des gens et des institutions engagées dans la protection de ce grand singe menacé d'extinction. La question parait triviale et pourtant la réponse est difficile à trouver, et reste malheureusement souvent vague. L'aire de répartition du bonobo se limite à un unique pays africain : la République Démocratique du Congo. Et au sein de cette aire de 2,4 millions de km² que représente ce pays -le deuxième plus grand pays du continent africain- les bonobos occupent uniquement le Sud du gigantesque fleuve Congo, une région que l'on appelle la Cuvette Centrale. Dans cette région, on ne sait pas exactement quelles sont les zones de forêt tropicale qui sont vraiment occupées par les bonobos. Et quand c'est le cas c'est toujours avec des densités de population faibles. On est capable d'estimer les habitats favorables grâce aux données cartographiques de végétation, en considérant que l'habitat des bonobos est la forêt tropicale située en plaine, mais qu'on les retrouve aussi dans les forêts peu denses des savanes qui forment un habitat en mosaïque. Pour autant qu'on puisse l'estimer, les connaissances concernant l'occupation réelle des bonobos dans ces habitats reste encore largement inconnue et la confirmation de sa présence dans une zone particulière ne permet pas d'affirmer de sa présence dans d'autres. De plus, avoir connaissance de la présence de l'espèce dans une zone ne permet pas de savoir combien d'individus y vivent. Par le passé, très peu d'études ont été menées et elles étaient limitées à la fois en terme d'espace et de temps. Parce qu'il se situe géographiquement au cœur du bassin du Congo et par son immense superficie de 36000 km², le Parc National de la Salonga est considéré comme une zone d'importance majeure pour la survie des bonobos sauvages.      

Les organisations de Conservations nationales et internationales veulent aussi comprendre dans quelle mesure la zone de protection remplit sa fonction qui est de protéger de manière durable la faune qui s'y trouve. Une personne essaie de résoudre ce puzzle et s'appelle Mattia BESSONE, Doctorant à l'Université Anglaise de Liverpool John Moores. Durant son travail de thèse doctorale il a évalué les données qui ont été collectées durant ce qui a été et reste l'une des étude les plus importantes de la biodiversité. Avant que Mattia ne puisse s'asseoir devant son ordinateur, il a passé deux ans dans et autour des 17 000 km² de la partie sud du parc, gérant des travaux de recensement (Image 1), fournissant de la nourriture et des équipements aux équipes de terrain, et coordonnant le transport et les données récoltées pour et par plus de 80 personnes. A ce stade précoce déjà, il apparaissait clairement que les bonobos sont présents partout dans le Parc National de la Salonga, mais leur fréquence et leur distribution varie énormément à travers le parc.
Les comptages des nids qu'ils fabriquent pour dormir, les images prises par les pièges photographiques et les rencontres directes avec les bonobos apportent la matière première de cette étude. Dans une première analyse, qui vient juste d'être publiée dans le "Journal of Applied Ecology", il a testé la possibilité d'utiliser des pièges photographiques pour le recensement du parc. Un total de 160 pièges photographiques ont été installés à 743 emplacements distribués de manière uniforme à travers le parc et dans une période de 18 mois. Grâce à cet effort sans précédent, c'est plus de 16 000 vidéos utilisables qui s'additionnent pour un total de 170 heures de vidéos analysables, révélant une grande variété de la faune dans ces forêts et des candidats potentiels pour d'autres études scientifiques. C'est la première fois que la présence et les densités de bonobos et de 42 autres espèces animales avec qui il partage l'écosystème ont pu être estimées, et cela inclue un bon nombre d'espèces cryptiques et rarement observées. Les bonobos ont rencontré les caméras à 66 des 743 emplacements (Image 2). Avec ces films, Mattia a pu estimer que leur densité dans la partie Sud du parc varie entre 0.24 et 1.21 individus adultes au km².      

Dans la prochaine étape, il va s'intéresser aux comptages de nids et aux observations directes le long des 743 layons. Bonobo Alive a supporté ce projet avec une étude sur la construction des nids dans la zone d'étude de LuiKotale. Tout bonobo, une fois autonome (ou indépendant de sa mère), construit chaque soir un nouveau nid pour y passer la nuit. Il arrive parfois qu'il construise aussi un nid durant la journée. Afin d'être en mesure de tirer des conclusions à partir du nombre de nids comptés et de pouvoir en déduire le nombre d'individus présents, il faut être en mesure de savoir combien de nids sont construits par bonobo et par jour et combien de temps ces structures peuvent rester observables, sachant qu'ils disparaissent plus ou moins vite selon la qualité de la construction et le type d'arbre choisi, mais aussi selon la hauteur à laquelle est faite la construction et enfin selon la saison.

Ces données vont pouvoir être comparées avec les résultats des pièges photographiques. Grâce à cela, le nombre que représente la population de bonobos dans la partie Sud du Parc National de la Salonga sera connu avec d'avantage de précision, et les facteurs ayant une influence sur cette distribution seront également mieux connus. De plus, ces données vont permettre de cartographier les variations en termes de densité de population de bonobo à travers le parc, ce qui peut aider à détecter des facteurs biotiques et abiotiques expliquant les variations observées. Tout comme dans les études précédentes, les résultats obtenus seront une estimation basée sur un instantané, un moment précis. Et c'est là un pré-requis crucial si l'on veut pouvoir déterminer avec exactitude une tendance lors des études futures: a-t-on affaire à une population stable ? Est-elle en augmentation ou en diminution comme on le pense si souvent ? Voilà la base qui va permettre un suivis à long terme des populations de bonobos occupant la zone de protection la plus grande du Bassin du Congo, le Parc National de la Salonga.

Vivre dans un monde sans soins de santé (Janvier 24, 2020)

Les bonobos partagent leur habitat avec de nombreuses autres espèces de mammifères, ils sont à la fois prédateurs et proies, la pression la plus forte provenant des braconniers.
Les maladies constituent une source de danger entièrement différente et souvent sous-estimée. De nombreuses infections virales, relativement inoffensives pour l'homme, peuvent s’avérer mortelles pour les grands singes comme le bonobo. D'autres maladies ne mettent pas directement la vie de ces animaux en danger, mais elles altèrent leurs performances physiques et augmentent la pression sur leur système immunitaire. Les blessures dues aux accidents ou les morsures de la part de leur congénères, sont un autre facteur de risque affectant la santé, le bien-être ou la forme physique de ces animaux. La limite entre le bien- et le mal-être chez le bonobo est souvent difficile à évaluer et la surveillance à long terme de l'état de santé individuel reste le moyen le plus fiable pour détecter les écarts à un bon état de santé.
Pour déterminer un état sain de référence, le LuiKotale Bonobo Project a mis en place un protocole de collecte de données non-invasives, témoignant de l'état de santé et incluant des analyses parasitologiques des fèces et des mesures de marqueurs physiologiques dans les urines, reflétant le degré de stress sur le système immunitaire. Une autre source d'information importante provient des changements de comportement tels que la durée du sommeil, l'engagement dans le comportement de jeu, les changements dans la recherche de nourriture, ainsi que l'émergence de symptômes cliniques tels que toux et éternuements. Mélodie Kreyer (photo), étudiante en thèse de Doctorat à l'Université John Moores de Liverpool, a collecté des données sur plusieurs saisons de terrain et les analyse actuellement dans le cadre de sa thèse.
Le contact quotidien avec les chercheurs représente un risque supplémentaire pour les bonobos et l'approche élaborée adoptée par Mélodie dans le dépistage des symptômes de la maladie ne reflète pas seulement l'intérêt académique, mais est également pertinente dans le contexte de la conservation de l'espèce. Pour prévenir la transmission de maladies des hommes aux bonobos, les chercheurs gardent une distance minimale à l’animal, portent des masques chirurgicaux et restent au camp à la moindre suspicion de maladie infectieuse.
Toutes ces mesures sont devenues routinières; cependant, elles ne répondent pas aux questions qui engagent Mélodie : à quelle fréquence les bonobos sauvages tombent-ils malades? Comment réagissent les individus sains vis-à-vis des individus «malades» dans la communauté? Quel impact présente une santé altérée sur la recherche de nourriture en général, et, en particulier, sur l'ingestion de plantes possédant des composants pharmacologiquement actifs ? L’observation des bonobos constitue un modèle de vie sans médecin ni médicament et, ce faisant, nous permet de mieux appréhender notre propre histoire.


Pleins feux sur la protection des espèces sauvages (Septembre 5, 2019)

Le désir de contempler les animaux sauvages conduit beaucoup de gens à visiter les jardins zoologiques. Ceux qui visitent la «Wilhelma», le jardin zoologique et botanique de Stuttgart, ont l’opportunité de combiner leur visite avec un soutien à la conservation de la nature et à la protection des populations d'animaux sauvages en voie de disparition. Ce soutien s’opère à travers la possibilité de payer volontairement 1 Euro supplémentaire sur le billet d’entrée au zoo. A travers les médias, les conférences et les films produits par le zoo, tout visiteur a la possibilité de se renseigner régulièrement sur ce qu’il advient des dons.

Par ailleurs, le zoo organise chaque année une journée consacrée à la conservation et la protection des espèces sauvages (Artenschutztag). Cette journée correspond au lundi de la Pentecôte.  A cette occasion, le zoo invite tous les représentants des projets de conservation de la nature qu'il soutient, afin qu'ils puissent raconter directement aux visiteurs leur expérience sur la conservation des espèces sauvages et à quoi ressemble la lutte contre le braconnage dans le centre de l'Afrique. Bonobo Alive e.V. a également participé à l'événement en 2019, offrant aux visiteurs du zoo l'opportunité de se familiariser avec le travail de protection des bonobos vivant en liberté en République Démocratique du Congo. Sur le comptoir d'information de Bonobo Alive e.V. étaient affichés des T-shirts avec les portraits de Zizu, Zoé ou Hugo (tous des bonobos de la forêt de LuiKotale). Les visiteurs qui s'arrêtaient à ce desk voulaient, bien entendu, en savoir davantage sur le sort de ces bonobos en liberté. Comment réagissent-ils lorsque les chasseurs se présentent? Que font-ils quand ils sont blessés par des pièges à câble métallique? Combien de bonobos vivent encore à l'état sauvage et que gagnent réellement les habitants de la forêt tropicale en contribuant à la protection de ces animaux sauvages?

Les demandes des jeunes visiteurs étaient particulièrement persistantes. Leur curiosité a été assouvie par les réponses idoines des collègues de Bonobo Alive, qui ont été en mesure de faire un compte rendu direct de leurs expériences dans la forêt congolaise.

Le sujet de la protection des espèces est donc au centre des préoccupations. Il est certain que très peu de Stuttgartois seraient disposés à se rendre en République Démocratique du Congo pour observer les bonobos à l'état sauvage. Heureusement que pour la majorité d’entre eux, cette expérience peut être vécue à travers les visites de ces impressionnants grands singes dans les installations de la Wilhelma, et par la même occasion, ils peuvent être encouragés de contribuer à la protection des bonobos et de leur environnement naturel.


Les communautés villageoises contribuent à la protection des bonobos (Mai 13, 2019)

Le Parc National de la Salonga est la plus grande forêt primaire protégée du continent africain ; il offre un refuge à un certain nombre d'espèces animales et végétales en voie de disparition. Le fait d'abriter de grandes populations d'animaux sauvages attire les personnes qui gagnent leur vie en chassant par braconnage, en capturant au collet et en commerçant de la viande de brousse voire de l’ivoire. L'avantage de déclarer 36 000 km2 de forêts en tant qu'aire protégée devient un problème sérieux en matière de surveillance et d'application de la loi. En effet, le travail de l'Autorité de conservation de la nature (ICCN) est difficile et les patrouilles ne couvrent que des fragments de cette vaste forêt.

Contrairement à beaucoup d'autres régions d'Afrique où les populations humaines exercent une pression permanente sur les zones protégées, la Salonga est intégrée dans un paysage forestier en grande partie intact: le nombre d'établissements humains est faible, la superficie de terres cultivées est petite et les infrastructures de transport négligeables. Les villages situés le long de la frontière des parcs revendiquent des droits de propriété historiques et exploitent la forêt à l’aide des méthodes traditionnelles de chasse, de capture au collet et de pêche. En fait, la forêt offre une sécurité matérielle, car elle offre presque tout ce dont la population locale  a besoin pour vivre: viande, poisson, eau potable, matériaux de construction, médicaments etc. Pour protéger les ressources héritées par leurs ancêtres, l'accès à une forêt appartenant à la communauté est limité et nécessite l'approbation des anciens de chaque village. Ce système offre un moyen de contrôle simple mais efficace qui a été adopté par Bonobo Alive pour renforcer la protection des bonobos sauvages contre la chasse et la capture au collet.

Pour ce faire, Bonobo Alive sous-traite une partie de la forêt communautaire pour la conservation. En contrepartie de l'accord visant à restreindre le braconnage et le piégeage des animaux à d'autres parties du terrain appartenant à la communauté, Bonobo Alive construit des écoles, paie des salaires aux enseignants et fournit aux villages un soutien logistique et économique. En raison de la restriction auto-imposée à la chasse, les communautés villageoises sont devenues plus sensibles aux activités de Bonobo Alive dans leur forêt et sont particulièrement vigilantes si des personnes de l'extérieur tentent d'envahir leur forêt pour y chasser.

Jusqu'à récemment, deux villages ont participé à cette initiative. Au début de 2019, des rencontres avec un troisième village ont ouvert la voie à la signature d'un contrat avec un troisième village. La forêt de Mbungusani est très vaste et attire des équipes de chasse ciblant les éléphants et d’autres animaux de grande taille, notamment les bonobos. Lors d'un premier tour, Bonobo Alive a conclu un accord avec les sages de Mbungusani afin d'arrêter les activités de chasse et de piégeage au collet dans une zone adjacente à l'aire de répartition d'une communauté de bonobos actuellement en cours d’habituation.

Toutefois, selon les derniers résultats de nos investigations, la forêt de ce village pourrait abriter deux autres communautés de bonobos. De ce fait, Bonobo Alive est en train de préparer une campagne visant à obtenir les moyens nécessaires pour étendre le contrat à une plus grande partie de la forêt de Mbungusani. D’ores et déjà, la première et la plus importante étape, de faire en sorte que la communauté villageoise adhère aux objectifs de Bonobo Alive, a déjà été franchie.



Un point décisif dans les négociations avec les anciens du village est la limitation de la zone de chasse. Cependant, le terrain plat de la forêt des basses terres offre peu de points de référence géographique pour aider à la cartographie. Avec les représentants des trois villages, Barbara Fruth dresse une première cartographie dans le sablier";. Le marquage effectué ici sera vérifié ultérieurement lors d'une inspection du site. © Alexis Louat/LKBP

Les élevés aident les élevés (Février 13, 2019)

Lorsque les écoles ferment pour les vacances d'été, la vie de ceux qui terminent l'école primaire est déjà orientée vers les activités de survie. Ces dernières comprennent la pêche, la chasse, les travaux de construction et l'agriculture ; ce sont des aptitudes que l'on n'apprend pas à l'école mais dans la communauté. Ceux des élèves qui veulent poursuivre les études secondaires doivent déménager vers la capitale de la province ou vers une autre grande ville. Pour les habitants des villages forestiers reculés, les chances d'accéder à l’enseignement avancé sont quasi-nulles. En plus, déménager vers un autre endroit qui ne leur est pas familier pose des problèmes logistiques considérables et, souvent, l’inscription dans une école secondaire se solde par un échec en raison du manque de fonds pour payer les frais de scolarité et d’hébergement. Par ailleurs, les chances pour l’enseignement avancé (secondaire et plus) ne sont pas égales, même lorsque les obstacles logistiques et financiers ont été surmontés: les familles ont tendance à préférer investir dans l’éducation de leurs fils plutôt que celle de leurs filles.

Le cas de Dorcas est une exception. Grâce au financement combiné de Bonobo Alive et de la fondation «Children for a better World» basée en Allemagne, elle et Justin, un garçon du même village, ont été transférés dans un internat de la ville d’Oshwe, qui est à 350 kilomètres de leur village natal. Il est évident que pour Dorcas et Justin, vivre loin de leurs familles constitue un vrai défi personnel.

Bonobo Alive espère que cette initiative sensibilisera la communauté scolaire à la conservation et à travers elle, les familles et les villages des élèves. Comme pour les autres centres urbains, les bonobos et autres animaux sauvages ont en grande partie disparu des forêts entourant Oshwe. L’objectif de protection des bonobos et de leur habitat naturel ne pourra être atteint que si les populations comprennent les avantages économiques que l’on peut tirer de la conservation.

Aussi Dorcas et Justin se retrouvent-ils être des agents pour la vulgarisation de cette idée.

Bonobos exposés aux tirs (Avril 17, 2018)

Depuis des années Bonobo Alive est engagé dans la protection des bonobos dans la zone tampon du Parc National de la Salonga et les informations obtenues au cours de ce travail indiquent que l'effort se révèle payant. La présence permanente de chercheurs et autres écologistes a réduit la chasse au collet et le braconnage en général et a amélioré la sécurité des bonobos déjà habitués ainsi que de leurs voisins.

Nous n'avons jamais eu l'illusion que la portée de la zone de protection soit limitée, mais cela nous a quand-même fait l’effet de surprise lorsque nous nous sommes rendus compte à quel point la portée protégée est réellement réduite.

En février 2018, des braconniers ont fait de méfaits au sud de la zone d'étude LuiKotale. Avec l'aide des villageois, notre équipe a pu rassembler environ deux mille de pièges. Malheureusement, Ulrich, un jeune mâle bonobo du groupe d'étude central, s’était fait prendre dans un piège et traine encore une partie du fil autour de sa main (voir Figure 1a&b).
Juste après, des braconniers armés sont arrivés dans le voisinage du site d'étude. Ni les incursions des piégeurs ni l'activisme des équipes de chasse ne nous sont nouveaux. Par contre, la chasse ciblée sur des bonobos l'est. En mars dernier, nous avons reçu un message selon lequel sept bonobos auraient été tués dans le voisinage immédiat du site d'étude. Ce fut un grand choc, non seulement pour nous, mais aussi pour les populations locales travaillant pour le projet. L'Autorité Congolaise en charge de la Conservation de la Nature (ICCN) a été informée et enquête déjà sur l'affaire mais les perspectives de succès sont minces. Même si les braconniers peuvent être arrêtés et poursuivis, nous devons réaliser que quelque chose de similaire peut se reproduire à tout moment.

Pas de soulagement mais une lueur d'espoir sont les réactions des villageois, qui travaillent avec nous. Ils sont devenus actifs à dissiper ce braconnage. Leur engagement indique clairement qu'ils s'identifient au projet et à ses objectifs. Pour eux, les bonobos signifient beaucoup plus qu'un simple morceau de viande. Nous espérons que le réseau traditionnel qui unit d'énormes clans familiaux va répandre cette attitude au sein de la population.

Les Bonobos attirent des chercheurs, des écologistes et des équipes de tournage et, ce faisant, ouvrent de nouvelles sources de revenus à des villages entiers, mais seulement tant qu'ils sont vivants.

Figure 1a) Ulrich avec un câble métallique à sa main gauche ; b) plan rapproché des doigts blessés. Photos © LKBP/Megan Claase

Pharmacie pour les humains et les grands singes (Janvier 04, 2018)

Les bonobos et les chimpanzés sont les parents les plus proches de l’homme. Avec ces primates non-humains, nous partageons non seulement la tendance à former des systèmes sociaux complexes ou la capacité de coopérer aussi bien avec des parents qu’avec des étrangers, mais aussi la susceptibilité aux maladies (e.g. maladies infectieuses). Nous, humains, allons chez le médecin en cas de maladies et de l’autre côté, le vétérinaire s’occupe des animaux malades notamment dans les zoos.
Mais que font exactement ces primates non-humains vivant en liberté lorsqu'ils sont malades? Les scientifiques traitent ce sujet depuis longtemps et la recherche commence généralement là où les humains trouvent leurs solutions en l’occurrence dans les plantes et leurs pouvoirs naturels de guérison.
Il existe en effet en ethnomédecine, des connaissances séculaires sur les effets curatifs des feuilles, graines, écorces ou racines des plantes. Ces données ethnomédicinales sont  précieuses pour les efforts de recherche. Mais pour établir les causes des maladies et les effets bénéfiques des plantes, il est indispensable d’approfondir les connaissances sur les composants bioactifs et leurs réponses aux symptômes spécifiques de la maladie concernée.
Pour les chercheurs de LuiKotale, l'enregistrement au quotidien des paramètres sur l'état de santé des bonobos est une routine. Quant à l’identification des ingrédients bioactifs, elle est assurée par Musuyu Muganza, un pharmacien congolais qui travaille pour le Projet LuiKotale Bonobo depuis de nombreuses années.
Depuis 2011, il mène des travaux combinant la connaissance traditionnelle des plantes médicinales avec la détection de composés pharmacologiques actifs et leurs effets thérapeutiques. Au cours des deux dernières années, Bonobo Alive e.V. a couvert une partie des frais de ses séjours de recherche à l'Université d'Anvers (Belgique).
En janvier 2017, Musuyu Muganza a soumis et défendu sa thèse de doctorat à l'Université d'Anvers et est retourné à Kinshasa auréolé de son casque de Docteur.
Pour activer et pérenniser l'engagement de Bonobo Alive e.V., il serait souhaitable que le travail sur les plantes médicinales et leur utilisation par les animaux (e.g. bonobos) soit intégré au programme de l'Université de Kinshasa.

L'étude des plantes médicinales de notre site d’étude dans la Cuvette Centrale a inclus la collecte systématique de spécimens de la forêt (Figure 1), l'identification taxonomique dans l'herbier de l’Université de Kinshasa (Figure 2) et des analyses pharmacologiques à l’Université d’Anvers (Figure 3). Le point final intermédiaire était la réussite de la défense de la dissertation de Musuyu Muganza (au milieu) à l'Université d'Anvers.

Mères et fils (Juin 06, 2017)

Les femelles bonobos sont des mères attentives et patientes qui s'occupent de leur progéniture, même jusqu’à leur maturité. La parenté à l'âge adulte n'est possible que lorsque la progéniture reste dans son groupe natal, comme les mâles ont tendance à le faire. Les femelles, de leur part, migrent généralement vers d'autres groupes autour de la puberté, où ils tissent leur propre réseau social. Les avantages des liens étroits entre mère et fils ne sont pas encore entièrement compris, mais les observations suggèrent que le protectionnisme de la mère peut influencer la concurrence chez les mâles. Ainsi, le soutien maternel peut provoquer un déséquilibre de pouvoir qui met les mâles sans parenté étroite dans une position de désavantage.

Zoe, avec ses trois fils, est une institution au sein de la communauté de l'Ouest, et est bien occupée par les tâches maternelles. Son fils aîné Ben a atteint l'âge adulte il y a longtemps et occupe un haut niveau dans la cohorte masculine. Zed, le puiné, n'est pas encore pleinement cultivé, mais montre des ambitions,  utilisant le soutien maternel pour promouvoir sa carrière individuelle.  Zizu est le plus jeune fils de Zoe ; c’est un enfant privilégié qui bénéficie également du rang élevé de sa mère et de la présence de Ben et Zed.

Le portrait de Zoe pris par Caro Deimel est devenu le label de Bonobo Alive, et est également affiché sur le T-shirt le plus vendu. A présent, Zizu a rejoint sa mère: Etta Sophie a conçu l'impression sur la nouvelle collection de T-shirts Bonobo Alive, à l'aide d'un cliché pris par le photographe de la vie sauvage Christian Ziegler. De cette façon, les T-shirts symbolisent le trait qui distingue les bonobos des autres grands singes: les mères et les fils restent ensemble.

Bonobo Zoe, © Caro Deimel; Bonobo Zizu, © Christian Ziegler; T-Shirt Collektion


Plus d'informations:


Photos: côté gauche: "Zizu" de Christian Ziegler, milieu: "Zoe" de Caro Deimel, côté droit: nouvelle collection de t-shirts

Nouvelle aide pour la protection des bonobos sauvages (Juin 15, 2016)

Des efforts considérables sont faits pour protéger les espèces de grands singes dans toute leur aire de distribution. Cependant, l’effectivité de tout cet investissement n’est pas toujours clairement établie. Des études récentes ont tenté d'évaluer l'impact des activités de conservation de manière quantitative et offrir une sorte de contrôle de la qualité des différents types de conservation de la faune. Il en découle que la présence permanente de personnes se livrant à la protection des grands singes est particulièrement efficace dans la prévention de la chasse et d'autres activités destructrices, que cette présence protectrice soit le fait des écologistes ou des chercheurs. De ce qui précède, il peut être présumé que la protection des populations sauvages de grands singes pourrait être réalisée par l'embauche d'un personnel suffisant (écologistes et/ou chercheurs) à installer sur le plus de sites possible. En réalité, cependant, le nombre de projets à long terme dans les sites d’habitat des grands singes reste limité. Et ceci s’explique entre autres par les coûts élevés des frais de fonctionnement de ces sites, les conditions de vie et de travail difficiles dans ces milieux reculés de même que les difficultés  à trouver des gens qui soient prêts à passer de longues périodes de temps dans ces zones peu hospitalières. Une alternative à la création de nouveaux sites est l’expansion et la diversification de la gamme d'activités à mener dans des projets déjà existants. Grâce à l'appui de Ouwehands Zoo Foundation (OZW) et Quagga, deux organisations néerlandaise de conservation de la nature et des jardins zoologiques allemands notamment le "Zooverein Wuppertal", Le Jardin Zoolgique de Cologne" et la Wilhelma Stuttgart, Bonobo Alive e.V. est maintenant en mesure d'étendre ses activités de conservation à un nouveau domaine d’environ 100 km2. Cette forêt est à proximité immédiate du site du Projet de Recherche Bonobos de LuiKotale (LuiKotale Bonobo Project) (voir la figure ci-jointe) et couvre un domaine où les bonobos ne sont pas encore sous une meilleure protection. Grâce à l'engagement des dites organisations, les habitants du village voisin qui ne sont pas encore impliqués peuvent être sollicités pour des travaux tels que le recensement de la population de bonobos dans leur forêt, la bio-surveillance, et des patrouilles anti-braconnage. L’amélioration des conditions et du statut de protection sur le nouveau domaine bénéficiera tant aux bonobos et qu’aux nombreuses autres espèces menacées  de disparition. Bonobo Alive utilisera cela comme une autre occasion de convaincre les villageois du fait que les animaux sauvages et les humains peuvent également bénéficier des activités de conservation.

Map

 

Zoo Cologne equips anti-poaching patrols (Décembre 18, 2015)

Bonobo

A la fin de la saison sèche, les eaux montent dans les rivières de la forêt tropicale d'Afrique centrale et la pêche y pratiquée n’est plus rentable;  la population locale couvre à nouveau ses grands besoins en protéines animale par les produits de la chasse. Cette chasse de subsistance est écologiquement durable compte tenu de la faible densité de population. Elle est tout à fait différente du braconnage pour des fins commerciales, entrepris par des bandes d’inciviques organisées, qui viennent souvent des zones éloignées avec des armes automatiques et de très nombreuses munitions. Ce braconnage vise les grands mammifères tels que: éléphants, antilopes, buffles et bonobos. Bien que la chasse sur les espèces protégées soit prohibée au Congo, mais la loi ne paraît pas suffisante en vue de la protection des espèces menacées parce que les auteurs d’actes de braconnage sont rarement appréhendés et condamnés. Pour éradiquer cet activisme des braconniers, il est nécessaire d'avancer dans les zones forestières reculées pour les en déloger. Malgré l'engagement des grandes organisations de conservation, ceci n’arrive que très rarement, et si c’est le cas, ces inciviques traqués en sont souvent  avertis par des battements de tambours et par d'autres canaux. Ce type d’entreprise est plus facile lorsque les enjeux se concentrent sur des zones relativement petites et les actions effectuées en collaboration avec les résidents locaux. Ceux-ci ne sont nullement enthousiastes pour de telles opérations s’il s’agit d’une invasion des braconniers lourdement armés.

Bonobo

Bonobo Alive e.V. est une organisation qui depuis plusieurs années support les activités de conservation dans cette partie de forêt ; elle a réussi à établir une méthode assez efficace selon laquelle les garde-parc de l’autorité congolaise pour la conservation de la nature (ICCN) agissent ensemble avec la population locale contre le braconnage.
L'équipement, la nourriture et les paiements en faveur des participants aux patrouilles sont financés par des dons. En plus des contributions des membres et des dons des particuliers, Bonobo Alive reçoit une aide substantielle des zoos allemands, tels que les zoos de Wuppertal, de Stuttgart ou de Cologne.
Le zoo de Cologne a, à titre exemplatif, récemment doté Bonobo Alive e.V. d’un don inestimable constitué d’une grande quantité de tenues de travail en plus des dons en espèces toujours  indispensables. Mieux équipés, les bénévoles des villages environnants se sentent maintenant plus sûrs et mieux considérés à l’instar des garde-parc dans leur uniforme. Le nouvel équipement augmente non seulement la motivation, mais a fait ses preuves d’utilité en terrain accidenté.
Avec le don du zoo de Cologne, de nouvelles normes pour les actions de Bonobo Alive e.V. sont fixés.

Pour les villageois de sexe masculin, s’afficher en pantalons et T-shirts portant le logo du zoo de Cologne est perçu, d’après Antonin Leclercq qui est actuellement responsable de l'organisation de patrouilles, comme un symbole de réussite sociale. Contre toute attente, ce don du zoo de Cologne pourrait conférer beaucoup de crédit et de popularité aux idées et actions en faveur de la protection des espèces et de la conservation de la nature.

 

Évaluation de la protection des Bonobos (Juillet 08, 2015)

Bonobo

La plus grande menace pour les bonobos sauvages est la chasse de ceux-ci par les humains. Pour protéger la population de bonobos de LuiKotale et ses environs de cette chasse, des équipes mixtes constituées de gardes armés de l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et des villageois effectuent des patrouilles anti-braconnage. Cette initiative, qui est financée exclusivement par Bonobo Alive e.V.  a pour objectifs : la détection des camps de chasse, l’identification de la chasse aux espèces protégées telles que les bonobos et les éléphants, et de permettre à l'Autorité congolaise des Parcs nationaux (ICCN) d’agir et de sévir. En raison de la présence permanente des chercheurs et du personnel local, il est relativement facile d'évaluer l'impact de ces patrouilles dans le site d'étude de LuiKotale. Il est très évident que des patrouilles anti-braconnage ont largement réduit les activités de chasse dans le dit site d'étude et que les bonobos sont désormais mieux protégés que du temps où il n'y avait pas de ces patrouilles. Cependant, quelle est l'efficacité des patrouilles dans les zones qui sont plus éloignées du site de Luikotale? Quelle en est l’efficacité dans la protection des bonobos et autres espèces menacées comme les éléphants et les buffles de forêt, et - pourvu qu'il y ait un effet détectable -ces patrouilles ont-elles un impact durable sur la chasse et d'autres formes d’interventions humaines? Pour répondre à ces questions et à d’autres qui leur sont connexes, un projet de surveillance a été lancé pour évaluer la situation des bonobos et celle d’autres animaux sauvages sur une plus grande échelle spatiale. Utilisant des techniques standard pour la biosurveillance telles que les transects et des pièges photographiques pour obtenir des informations sur le statut des espèces rares et nocturnes. Comme les exemples ont attaché ici indiquer, les pièges d'appareil photo facilitent des rencontres de gamme proches avec quelques espèces rares et énigmatiques.

Bonobo

Les résultats obtenus peuvent être utilisés pour mesurer l'impact des patrouilles de manière quantitative. Sous la direction du zoologiste Joost van Schijndel, une équipe locale passera en revue une superficie d'environ 300 km2 pour détecter des signes des bonobos et d’autres formes de vie sauvage protégée. Dans le même temps, l'enquête va générer des informations spécifiques sur l'utilisation de la forêt par les humains. Avec les résultats de ce programme de surveillance, nous allons contribuer à l’évaluation de l'impact des patrouilles sur une échelle spatiale et à améliorer le protocole de la présente initiative. En outre, ces données peuvent contribuer aux plans en faveur de la protection des bonobos dans la partie sud du parc national de la Salonga.

Clip vidéo: léopard
Clip vidéo: éléphant

 

Les bonobos de LuiKotale comme ambassadeurs pour une campagne de conservation (Octobre 15, 2014)

Bonobo

Depuis plusieurs années, Bonobo Alive fournit des efforts en faveur de la protection des bonobos sur le site de LuiKotale et ses environs en République Démocratique du Congo. Désormais, les cibles de la protection s’affichent dans une large campagne lancée par WWF/Allemagne. WWF a des plans ambitieux pour la promotion de la protection des bonobos de même que la faune en général et la flore du Parc National de la Salonga, un des plus vastes refuges des bonobos sauvages en République Démocratique du Congo. La séquence qui a été utilisée dans cette campagne montre les bonobos de la communauté de Bompusa, un groupe qui est déjà habitué à la présence des chercheurs et qui fournit des données à un nombre croissant de projets de recherche.

Grace au soutien de Bonobo Alive, la population de bonobos de LuiKotale et ses environs est mieux protégée qu’ ailleurs en République Démocratique du Congo.

Il est à espérer que la campagne de WWF réussira à assurer la protection des populations de bonobos menacées à travers la République Démocratique du Congo et que les bonobos de LuiKotale pourront servir comme ambassadeurs d’espoir et d’espèce-phare pour la conservation dans cette campagne internationale.

Histoire de famille (Août 11, 2014)

Bonobo
Bonobo

Les bonobos femelles sont des mères très aimantes et attentionnées. Elles ont des liens sociaux étroits avec leurs enfants. Les fils restent dans leur groupe natal et entretiennent des relations solides avec leurs mères, même à l’âge adulte. Les filles sont différentes. Elles émigrent dans une autre communauté avant qu’elles ne commencent à se reproduire. Pourtant, il y des exceptions. En février 2014, par exemple, la jeune Polly a donné naissance à son premier enfant tout en demeurant dans son groupe natal avec sa mère Paula et ses deux sœurs Priska et Parvati. Polly est la fille ainée du clan de Paula et, à l’âge de 12 ans, une mère exceptionnellement jeune. Aucun des chercheurs présents au site de recherche de LuiKotale avait remarqué la grossesse de Polly et la naissance de la petite Puran. La petite-fille de Paula a été donc une grande surprise. Il est très étonnant que Polly a donné naissance avant d’avoir émigré. Il y a plusieurs d’autres communautés de bonobos dans la forêt de LuiKotale et Polly a eu de maintes opportunités de se joindre à l’une d’eux. En fait, elle avait déjà disparu pour un certain temps mais elle s’est rejoint au groupe d’étude. Pourquoi est-elle restée ? Paule est l’une des femelles supérieures et peut-être Polly a juste retardé son émigration pour pouvoir bénéficier un peu plus longtemps des privilèges du statut de dominance de sa mère. Cela demeure une énigme été les chercheurs à LuiKotale ont la rare occasion d’étudier les interactions de trois générations de la même ligne maternelle.